Publié : Posted: May 29, 2019

EXCHANGES ON THE TEACHING AND PRACTICE OF AFROCENTRIC ARCHITECTURE

Dans le domaine de l’architecture aujourd’hui, il y a une nouvelle thématique qui fait couler beaucoup d’encre et de salives ; c’est l’afrocentricité. Elle soulève la question suivante : existe-t-il une architecture propre à l’Afrique ? Les grands architectes par le monde s’attèlent à y apporter des réponses à leur manière sur la base d’édifices concrets. C’est dans cette mouvance que se situe la conférence internationale organisée le 15 avril 2019 par l’Ecole Supérieure Spéciale d’Architecture du Cameroun (ESSACA) sur le thème : « Exchanges on the teaching and practice of Afrocentric Architecture ». Le principal intervenant de la conférence était l’américain Pr David Hughes, architecte planner principal, professeur d’architecture à la Kent University-USA. Le reste du panel était constitué de : Louis Désiré Come Awono, Président de l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC) ; Jean-jacques Kotto, architecte DPLG, Directeur Exécutif de l’ESSACA ; Dr Edouard Din, architecte et éditeur/ Papyrus-digitalite, facilitateur de la venue du Pr Hughes. Dès le début de la conférence, le modérateur énonça une définition de l’afrocentricité. Celle-ci se réclame d’être une démarche révolutionnaire en réaction à ce qui est perçu comme une certaine « arrogance occidentale ». En d’autres termes, elle est une conscience révolutionnaire de nous-même. M. Kotto prit la parole pour expliquer le mobile académique de cette conférence et, après avoir souhaité la bienvenue aux différents intervenants, laissa le Président de l’ONAC M. Louis Désiré dire un mot à l’assistance. Ce dernier le remercia pour cette opportunité, tout en précisant que l’ONAC encouragera toujours ce type d’initiative qu’il souhaite également voir multiplier au sein des autres instituts de formation en architecture du Cameroun. Il rappela qu’environ 300 architectes, dont la majorité n’a pas été formée localement, sont inscrits au tableau de l’ONAC et que ce nouveau concept sera bénéfique pour les nouvelles générations. Après cette brève intervention, c’est au tour du Dr Edouard DIN de réagir. Il commença son propos par une assertion de Cheikh Anta Diop qui disait : « jeunes, croquez les sciences ». Il parla alors de l’historique du concept Afro centrique. La brève présentation du Pr David HUGHES qu’il fit ensuite nous permit d’apprendre qu’il est né en 1947 à Brooklyn à New York, diplômé de l’université de Columbia en architecture en 1974, et détenteur d’un Master en aménagement urbain de Princeton University en 1975.

Pr David Hughes a étudié avec de grands noms dans le domaine tels que Michael Graves et Robert Geddes. Il est de passage au Cameroun pour se rendre au Nigéria où il doit prendre part à une conférence internationale d’architectes. Il expliqua qu’aux USA on dit qu’une image vaut mieux que mille mots. C’est ainsi que la conférence s’est appuyée de multiples images.

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Tout part d’une idée basique: “Africa designs have created the world as we see it today”. L’idée de ce titre vient du festival des arts nègres à Dakar. Quand cette idée est née il y a de cela trente ans, elle n’a pas été acceptée. Il dévoila une historique de l’architecture africaine qu’on croit inexistante, au travers des temples (temple de Ramsès III en Egypte), des monuments tels le dogon au mali, le palais du roi ougandais, les obélisques égyptiens. En somme beaucoup de monuments dans le monde sont inspirés de monuments africains. Mais les africains ne doivent pas dormir sur leurs lauriers. Il fit noter qu’il y a des bâtiments en Afrique qui ont utilisé leurs référents africains, à l’instar de l’université de Dakar. Il s’agit donc de rompre avec l’idée selon laquelle les formes architecturales en Afrique sont identiques. L’Afrique a une architecture qui lui est propre. L’opinion selon laquelle nous amassons les matériaux pour ne rien en faire, est une aberration. Il était également important pour lui de montrer que l’Afrique a beaucoup de cités modernes, qu’être l’afrocentrique c’est exprimer sa culture africaine à travers l’architecture. Durant sa présentation, nous avons pu admirer des bâtiments inspirés de masques africains démontrant que beaucoup de bâtiments dans le monde sont inspirés de l’architecture Africaine. Après plusieurs années passées loin de l’Afrique, une fois de retour, il s’est montré impressionné par les projets des étudiants de l’ESSACA et les matériaux exposés. Il interpelle l’assistance sur l’importance d’utiliser nos propres matériaux africains. En effet, beaucoup de nos riches matériaux vont ailleurs alors que nous utilisons les matériaux étrangers chez nous. Très souvent aussi, la paternité des matériaux venant de l’Afrique et même nos formes architecturales ne sont pas reconnues une fois qu’ils sont utilisés ailleurs. Il est donc temps pour un éveil des architectes africains. Après son exposé, vint la phase de questions réponses. Le public avait soif de connaitre davantage sur ce concept et les questions fusaient de toutes parts. Il y répondit volontiers et mis en exergue les concepts de continuité historique ou encore d’appartenance socioculturelle à transmettre de générations en générations. Deux heures plus tard on s’achemina vers la fin de cette conférence. Dr Din conseilla aux étudiants de se lancer également dans la recherche tout en espérant que Pr Hughes revienne encadrer les étudiants de l’ESSACA dans le cadre des ateliers. M. Kotto le rassura que l’ESSACA et le Pr Hughes établissent un protocole d’accord afin de faire prospérer ce type d’architecture au Cameroun et en Afrique. M . Kotto remercia enfin toute l’assemblée qui devons-nous le préciser était constituée d’étudiants de l’ESSACA, et d’autres écoles de formation en architecture sans oublier les enseignants et les invités. Pour clôturer en beauté cette rencontre de haut niveau, M. le Directeur Exécutif invita tout le monde sur le perron pour la traditionnelle photo de famille. Les médias qui vinrent également vivre cet évènement, s’attelèrent à la fin, à donner des interviews aux acteurs, car pour eux, la notion ou le concept d’afrocentricité se doit de sortir des couloirs des écoles pour être connu du grand nombre. Ainsi cette idée s’incrustera au fur et à mesure du temps dans les consciences et les populations la mettront en œuvre dans la construction de leurs maisons d’habitation et dans l’édification des villes nouvelles en Afrique.

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Paulette Erna RIM NKOCK

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