Publié : Posted: Jun 01, 2019

PATRIMOINE CULTUREL ET EDUCATION par Amélie ESSESSE

Ce mardi 07 mai 2019, est une journée marquée à l’ESSACA par la Conférence sur le thème « Patrimoine culturel ; enjeu du développement durable des territoires ; études de cas au Burkina Faso, au Mali et au Niger ». Elle avait pour principale intervenante Madame Amélie ESSESSE, architecte DPLG, Expert du patrimoine mondial à l’UNESCO et pour modérateur M. Jean-Jacques KOTTO Architecte DPLG, Directeur Exécutif de l’ESSACA. D’entrée de jeu, M. Kotto a rappelé fort à propos que « nous ne pouvons rien faire si nous ne savons d’où nous venons ». La présentation de l’architecte Amélie ESSESSE qui s’ensuivit a permis d’être édifié sur le travail et l’engagement de Mme ESSESSE notamment à travers de nombreux Workshops, Conférences et Performances Architecturales en Afrique et de par le monde. En effet, Mme ESSESSE dispose de plus de 17 ans d’expérience professionnelle. Elle est architecte DPLG (diplômée par le gouvernement) passionnée par la thématique de construction durable aussi s’est-elle spécialisée dans le domaine du développement local, les questions sociétales et culturelles et bien évidemment celles du genre. Elle possède une longue expérience dans la réalisation et le suivi-évaluation des études et des projets liés aux dynamiques de développement durable. Elle est également auteure d’ouvrages jeunesses, d’articles et de films documentaires sur le patrimoine culturel africain. En guise d’introduction, Mme ESSESSE parla de ses voyages à travers le monde, particulièrement en Afrique, et de ses combats d’architecte. Ce ne fut pas aisée pour elle de s’imposer en tant que femme noire dans un pays étranger et dans un domaine qui fait l’apanage des hommes. En rappelant que la mission première d’un architecte est d’œuvrer pour le bien-être, elle exprima le souhait que nos villes redeviennent des villes avec un patrimoine marqué. En évoquant la richesse patrimoniale du Cameroun et sa diversité lui conférant le titre d’Afrique en miniature, elle exhorta vivement les étudiants de l’ESSACA à prendre connaissance et à s’appuyer sur tout son potentiel. Au détour de l’exposé exhaustif des différents types de patrimoine, des exemples mondiaux d’œuvres architecturales considérées comme patrimoine furent présentés notamment : des monuments historiques à l’instar du Lamidat de Ngaoundéré ; des ensembles (villes, quartiers etc ) à l’instar de la ville de DJENNE au Mali ; des sites tels les ruines de Loropéni au Burkina Faso qui font partie du patrimoine mondial de l’UNESCO ; des paysages culturels tels le site de la LOBE au Cameroun et la réserve du Dja classée patrimoine mondial depuis 1987. Nous avons été agréablement édifiés de ce que certaines typologies d’habitat de peuples autochtones par leur technicité, leur ingéniosité et les matériaux utilisés tels les bambous, les raphias, la terre, le bois, sont également comptées comme patrimoine : l’habitat peul, l’habitat pygmée, l’habitat Mousgoum au nord Cameroun, pour ne citer que ceux-là. De plus l’habitat dans plusieurs régions revêt une signification culturelle comme les greniers du Togo.

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Le travail de Mme ESSESSE est également fortement marqué par l’approche genre, les femmes se situant dans la plupart des cultures africaines au cœur du processus de construction de l’habitat traditionnel. Elle a ainsi pu être en contact avec des communautés entières principalement des femmes autochtones, appuyées par des étudiants pour la réalisation de projets d’architecture durable ; propos illustrés par un projet de réalisation d’une maison totalement autonome au Burkina Faso avec eau et électricité où les femmes ont innové en créant de nouveaux pigments réalisés entièrement à base de végétaux. Ce fut l’occasion une fois de plus d’exhorter les étudiants de l’ESSACA en tant que futurs architectes, à faire en sorte que nos villes africaines soient inspirées de notre habitat traditionnel. La diversité du public présent a produit un moment de questions/réponses riche en échanges. Nous avons noté la présence d’un représentant du Ministère de la culture, un représentant de la MIPROMALO, du PDG de Média groupe, d’hommes et femmes des médias, d’architectes, d’enseignants et enfin d’étudiants anciens et nouveaux. Parmi le florilège de questions soulevés nous relèverons l’intérêt des participants pour le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, le manque d’utilisation des matériaux locaux, la difficulté d’imposer une architecture durable eu égard au coût élevé des constructions y relatives et à la fascination des modèles importés, la déperdition du savoir-faire ancestral par manque de transfert de connaissances.

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Pour Mme ESSESSE chaque pays devrait prioritairement constituer son propre patrimoine national, le classement mondial étant soumis à des critères et un processus d’accréditation particulier pouvant faire l’objet d’un conférence entière, sujet qu’elle maitrise assez bien ayant participé audit processus en tant qu’expert de patrimoine de l’UNESCO.
A travers son expérience sur le terrain, Mme ESSESSE a pu relever l’accompagnement des instances décisionnelles dans la promotion de l’architecture durable en Afrique de l’Ouest avec des orientations différentes d’un pays à l’autre, notamment par l’importance du patrimoine national classé dans chaque pays, la vulgarisation des constructions en matériaux locaux appuyées parfois par un laboratoire technique spécialisé, la constante transmission des savoirs entre les générations, la technicité de communautés entières. La plupart des questions posées obtinrent des réponses satisfaisantes. Le sujet était tellement passionnant que n’eut été la vigilance du modérateur, la conférence aurait largement débordé les 2h30 mn de temps qu’elle a duré. Elle conseille aux étudiants d’être passionnés, d’inventer non pas une mais des architectures liées à nos identités. Elle invite à être d’abord des artistes et des rêveurs avant d’être des techniciens. Son engagement tire sa source du fait qu’en tant qu’architecte femme et noire dans un pays étranger elle a su surmonter les obstacles, ce qui la place aujourd’hui comme une référence en matière d’égalité genre et de valorisation des cultures africaines. En conclusion M. KOTTO en sa qualité de modérateur a chaleureusement remercié Mme ESSESSE et émis le vœu que l’accompagnement de l’Etat du Cameroun sur les questions de patrimoine et d’architecture durable soit aussi productif qu’Afrique de l’ouest. Il invoque notamment la responsabilité de l’Etat afin d’appuyer la construction en matériaux locaux, par exemple par le biais de la commande publique. Il exhorte enfin les étudiants à une prise de conscience citoyenne. La conférence s’est achevée par la traditionnelle photo de famille sur le perron de l’ESSACA.

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Nous avons recueilli quelques réactions à la fin de cette rencontre celle de MIPROMALO et celle de Amélie ESSESSE. Voici quelques extraits : M. BIGUINE, Expert en construction en terre, chef du département des constructions. MIPROMALO « c’est très important de considérer tout ce qui est comme la matière devant soit, comme une ressource qui peut apporter le développement, la stabilité au niveau des constructions durables. » ; il souleva l’espoir porté sur ESSACA, qui est une école de référence dans la formation des architectes au Cameroun Amélie ESSESSE à la fin de la conférence, elle espère que avec ce qui s’est dit « on essaie de trouver une stratégie pour susciter l’intérêt de présenter notre patrimoine à l’avenir et que les étudiants puissent comprendre le rôle du patrimoine dans la ville et dans notre vie. » Elle trouva aussi que l’expérience à l’ESSACA fut différente de ce qu’elle a souvent vécu, de par la mobilisation, l’organisation et l’intérêt apparent du public. Elle promit de revenir avec plaisir en novembre durant, la célébration des dix ans de l’ESSACA.

Paulette Erna NKOCK RIM

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